
Quand Sophie m’a appelé, elle était perdue. Cadre RH depuis quinze ans, elle voulait se lancer en indépendante mais refusait de perdre sa mutuelle et ses droits au chômage. Son banquier lui avait dit qu’un prêt immobilier sans CDI, c’était mort. Je lui ai parlé du portage salarial. Trois semaines plus tard, elle facturait sa première mission.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine ou en droit du travail. Consultez un conseiller spécialisé ou la société de portage pour toute décision engageante.
Le portage salarial en 30 secondes
- Statut hybride : vous êtes indépendant avec un contrat de travail et la protection d’un salarié
- Salaire net : comptez environ 50% du CA facturé (variable selon vos frais professionnels)
- Conditions : Bac+2 ou 3 ans d’expérience, prestations intellectuelles uniquement
- Mise en place : possible en quelques jours une fois la mission identifiée
Dans cet article
Le portage salarial, c’est quoi concrètement ?
Imaginez un parapluie. Vous êtes dessous, vous prospectez vos clients, vous négociez vos missions, vous fixez vos tarifs. Mais au-dessus de vous, une société de portage gère toute la paperasse administrative et vous verse un salaire chaque mois. Voilà le portage en une image.
Une relation tripartite entre vous (le salarié porté), votre client (l’entreprise qui achète votre prestation) et la société de portage (votre employeur légal).
Techniquement, selon l’article L1254-1 du Code du travail, le portage salarial désigne « l’ensemble organisé constitué par la relation entre une entreprise de portage salarial effectuant une prestation et une entreprise cliente, et le contrat de travail conclu entre l’entreprise de portage salarial et un salarié ». Formulé autrement : vous êtes légalement salarié, mais vous travaillez comme un indépendant.
Soyons clairs sur ce que ça change concrètement. Vous facturez votre client. La société de portage encaisse. Elle prélève ses frais de gestion (entre 5% et 15% du chiffre d’affaires selon les structures), paie les charges sociales, et vous verse le reste sous forme de salaire. Avec une fiche de paie. Et tous les droits qui vont avec : retraite, chômage, sécurité sociale, mutuelle.
Bon à savoir : Depuis l’ordonnance du 2 avril 2015 et la convention collective du 22 mars 2017, le portage salarial est un statut encadré par la loi. Ce n’est plus une zone grise juridique.
Dans ma pratique, j’observe que les consultants comprennent le concept en cinq minutes. Ce qui les bloque, c’est le calcul du salaire net réel. On y vient.
Pour qui le portage salarial est-il vraiment fait ?
Je ne vais pas vous mentir. Le portage n’est pas adapté à tout le monde. J’ai vu des consultants perdre de l’argent parce qu’ils n’avaient pas fait les bons calculs avant de signer. Voici les profils pour qui ça fonctionne vraiment.
Le salarié qui veut se lancer sans tout risquer
C’est le profil type que j’accompagne le plus souvent. Vous êtes cadre depuis dix ou quinze ans. Vous avez des contacts, des compétences monnayables, mais vous n’avez aucune envie de créer une SASU ou de gérer une comptabilité. La protection sociale en portage salarial vous rassure : mutuelle, prévoyance, cotisations retraite, tout y est.

Le vrai plus ? Le CDI en portage. Oui, vous pouvez avoir un CDI tout en étant indépendant. C’est ce qui a permis à Sophie de décrocher son prêt immobilier. Son banquier a vu « CDI » sur le contrat, point final.
Le freelance qui en a marre de sa comptabilité
Vous êtes déjà auto-entrepreneur depuis trois ans. Vous passez un week-end par mois sur vos déclarations URSSAF, vos factures, votre relance client. Vous en avez marre. Le portage vous libère de tout ça : la société gère la facturation, les relances, les déclarations. Vous vous concentrez sur votre métier.
D’après Service-Public.fr, toute personne ayant l’expertise et l’autonomie pour rechercher ses propres clients peut accéder au portage. Condition implicite : avoir un Bac+2 ou trois ans d’expérience dans votre domaine.
Les cas où le portage n’est pas la bonne solution
Franchement, si votre taux journalier est inférieur à 300€, passez votre chemin. Les frais de gestion et les charges vont manger votre marge. L’auto-entreprise sera plus rentable.
Attention : Certaines activités sont exclues du portage. Les services à la personne, les professions réglementées (médecins, avocats, architectes) et l’achat-revente ne peuvent pas être exercés en portage salarial. C’est la loi.
Le portage est-il fait pour vous ?
-
Votre TJM dépasse 350€/jour :
Portage financièrement intéressant, calculez votre salaire net.
-
Vous avez besoin d’un CDI pour un prêt bancaire :
Portage recommandé, le CDI rassure les banques.
-
Vous faites du conseil, de la formation ou de l’expertise :
Portage adapté, ces activités sont éligibles.
-
Votre TJM est sous 300€ ou vous faites de l’achat-revente :
Autre statut à privilégier (auto-entreprise ou SASU).
Combien allez-vous vraiment gagner ? Le calcul sans langue de bois
C’est LA question. Et je vais vous donner une réponse honnête, pas le discours marketing des simulateurs en ligne.
~50%
du CA facturé transformé en salaire net (variable selon profil)
Ça tourne autour de 50%. Mais attention, ce chiffre cache des variables importantes. Prenons un exemple concret pour 5 000€ HT facturés dans le mois. Vous pouvez consulter les détails du fonctionnement sur itg.fr pour approfondir ces mécanismes.
| Élément | Taux/Montant | Reste disponible |
|---|---|---|
| CA HT facturé | – | 5 000 € |
| Frais de gestion société | ~8% | 4 600 € |
| Charges patronales | ~45% | 2 530 € |
| Charges salariales | ~22% | 1 970 € |
| Salaire net avant IR | – | ~2 000 € |
Voilà la réalité. Sur 5 000€ facturés, vous touchez environ 2 000€ net. Soit 40% dans cet exemple. La bonne nouvelle ? Vous pouvez optimiser ce ratio avec les frais professionnels. Vos déplacements, votre matériel informatique, vos repas clients : remboursés avant le calcul des charges. Ça peut faire grimper votre net à 50-55%.
Conseil pro : Le salaire minimum légal en portage est de 75% du plafond de la sécurité sociale pour un temps plein, tel que défini dans le Code du travail. En 2025, ça représente environ 2 700€ brut mensuel pour un profil senior. Calculez votre TJM minimum en conséquence.
L’erreur la plus fréquente que je rencontre ? Des consultants qui négocient un TJM de 300€ pensant faire une bonne affaire. Ils ne réalisent pas qu’en portage, ce tarif génère un salaire net insuffisant pour vivre. Faites vos calculs AVANT d’accepter une mission.
Comment démarrer votre première mission en portage
J’ai accompagné un consultant l’an dernier qui avait signé avec la première société venue. Résultat : des frais cachés sur les virements, un délai de paiement de 45 jours après facturation client, et aucun accompagnement. Il a perdu trois mois et 2 000€ avant de changer de structure.

Vos 5 étapes pour démarrer en portage
-
Identifiez votre première mission
Prospectez avant de signer avec une société de portage. Sans mission, pas de salaire.
-
Comparez 3 sociétés de portage minimum
Demandez les grilles tarifaires complètes, pas seulement le taux de frais affiché.
-
Signez la convention d’adhésion
Document qui formalise votre entrée dans la société de portage.
-
Faites valider le contrat de prestation
La société vérifie que la mission est conforme au cadre légal du portage.
-
Signez votre contrat de travail
CDD ou CDI selon la durée de votre mission. Vous êtes officiellement salarié.
La bonne nouvelle : une fois votre mission identifiée, la mise en place peut aller vite. J’ai vu des dossiers bouclés en trois jours. Mais ne confondez pas vitesse et précipitation.
7 questions à poser avant de signer avec une société de portage
-
Quel est le taux de frais de gestion exact, et y a-t-il des frais cachés (virement, assurance, etc.) ? -
Sous quel délai mes honoraires sont-ils versés après facturation au client ? -
Quelle est la garantie financière de la société (obligatoire par la loi) ? -
Ai-je accès à un conseiller dédié ou juste à une hotline ? -
Comment fonctionne la gestion des frais professionnels (plafond, justificatifs) ? -
Proposez-vous un accompagnement au développement commercial ? -
Quels services sont inclus dans les frais (formation, réseau, événements) ?
Ces questions vous éviteront les mauvaises surprises. Si un commercial hésite ou refuse de répondre clairement, c’est un signal d’alarme. Pour approfondir les critères de sélection, le choix d’une société de portage salarial mérite qu’on s’y attarde sérieusement.
Vos questions sur le portage salarial
Ai-je droit au chômage en portage salarial ?
Oui. Vous cotisez comme n’importe quel salarié. Selon les règles en vigueur, il vous faut 610 heures travaillées sur les 24 derniers mois (36 mois si vous avez plus de 53 ans) pour ouvrir des droits ARE.
Que se passe-t-il si je n’ai pas de mission pendant plusieurs mois ?
Pas de chiffre d’affaires = pas de salaire versé. La société de portage n’a aucune obligation de vous trouver du travail. C’est la contrepartie de votre liberté : vous devez prospecter vous-même.
Le CDI en portage est-il considéré comme un « vrai » CDI par les banques ?
Légalement, oui. En pratique, ça dépend du banquier. Certains acceptent sans sourciller, d’autres demandent 12 mois d’ancienneté en portage. Mon conseil : présentez vos bulletins de salaire avec vos relevés bancaires pour montrer la régularité de vos revenus.
Puis-je cumuler portage salarial et retraite ?
Oui, sous certaines conditions de plafond de revenus selon votre régime de retraite. C’est un cas que je rencontre de plus en plus : des cadres retraités qui continuent à facturer quelques missions par an via le portage.
Quelle différence entre portage salarial et auto-entrepreneur ?
L’auto-entreprise vous laisse plus de net (environ 70-75% après charges) mais sans protection sociale complète. Le portage coûte plus cher mais vous donne le chômage, la retraite complémentaire et un CDI. À vous de calculer selon vos priorités.
La prochaine étape pour vous
Ce qu’il faut retenir avant de vous lancer
-
Le portage devient rentable au-delà de 350€/jour de TJM -
Comparez toujours 3 sociétés minimum avant de signer -
Trouvez votre première mission AVANT de vous engager
Si vous hésitez encore entre portage et auto-entreprise, posez-vous cette question : êtes-vous prêt à sacrifier 15-20% de votre net pour avoir la sécurité d’un salarié ? Pour beaucoup de consultants que j’accompagne, la réponse est oui. Pour d’autres, le calcul ne tient pas.
Faites le vôtre. Et si vous avez un doute sur votre situation particulière, parlez-en directement avec une société de portage adhérente au PEPS ou avec un avocat en droit du travail. Chaque cas est différent.
Précisions sur le portage salarial
- Ce guide ne remplace pas un entretien personnalisé avec une société de portage pour évaluer votre situation
- Les taux de frais de gestion et calculs de salaire varient selon les sociétés et votre profil
- Les seuils de rémunération minimum évoluent avec les avenants à la convention collective